Ce blog rassemble des informations et des réflexions sur l'avenir qui nous attend.

This blog presents informations and views about the future.

samedi 15 février 2014

La primauté du Zéro / The primacy of Zero


The importance that ancient Greeks attributed to numbers is well known. Since Pythagoras, they were considered as able to generate the whole Universe. Still, the Greeks used only the rational numbers and ignored the zero, with strong implications for their World vision. From them, all the numbers and therefore the whole Universe derived from the One, as explained by Plato in the Parmenides dialogue and further developed by Plotinus.  In India, on the contrary, the concepts of vacuity (shunyata) and zero were very early recognized. Arab travellers were able to discover this concept and introduce it as the basis for arithmetics and algebra. In such a vision, the Zero precedes the One and can generate all numbers as pairs of opposites. The concept of voidness, central in Bouddhism, was easily accepted in ancient China, as it seemed close to the views of Taoism and to the concept of yin and yang. The concept  of an active vacuum, distinct from nothingness, is in good accordance with the present scientific views. Still, outside the scientific realm, the concepts of Zero and voidness have not been integrated in the Western World view, which they might transform quite deeply.

On sait l'importance que les anciens Grecs attribuaient aux nombres, qui, depuis Pythagore étaient considérés comme sacrés, car capables de générer l'univers. Cette pensée a profondément influencé la pensée et la philosophie occidentales. Toutefois, les Grecs ne reconnaissaient que les rationnels positifs et, en particulier, ignoraient le zéro. Cette ignorance a eu d'importantes conséquences sur la vision du monde, qui découlait de cette pensée, et en particulier la primauté du Un, à partir duquel découlent tous les nombres et plus largement l'ensemble de l'Univers que nous connaissons. Cette idée, exposée dans le dialogue sur Parménide de Platon, a été développée en un vaste système de pensée par le Néoplatonisme. Elle a conditionné toute la pensée philosophique occidentale, qui n'a pu  concevoir que l'Etre ou son absence, c'est à dire le Néant.

lundi 10 février 2014

La mystique de la croissance / The mystique of growth

Dominique Meda, Professor of Sociology at the University Paris-Dauphine, is a brilliant representative of the french educationnal system. Her last look is about the central position of "growth" in our present economic system, which is so dominant that it appears as a central belief or even a "mystique". In her view, this permanent reference to the economic growth is detrimental to the environment and even to the level of hapiness. The GDP should not used any more for measuring the economic success and the cost of negative externalities generated by the economic activities should be taken into account. All this, altough cleraly presented, is not really new.The most original part of the book refers to the need of founding a new system of ethical values. Still, the reference to Ancient Greece is not completely convincing. Ancient Greeks have left an Advanced civilization. Still, hybris was present at least at the same level as nowadays. The Parthénon was built as a result of a plundering by Athens of other Cities. The liberty of the philosophers was paid by the existence of slavery. The greek myphology, although rich and meaningful, cannot be used presently as a support for a new system of values. This important issue remains therefore open.


Dominique Méda, professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine, est une surdouée: ancienne élève de l'ENS, de l'ENA et agrégée de philosophie. Aussi, son ouvrage "La mystique de la croissance" ne peut qu'attirer l'attention. Le souhait de développer une économie alternative, plus soucieuse de l'environnement et du bonheur humain est également séduisant. Dominique Meda prend la suite de différents auteurs, dont Tim Jackson et Jean Gadrey qu'elle cite soigneusement. Elle plaide pour une rupture avec nos "sociétés fondées sur la croissance".  Pour rompre avec la "mystique de la croissance", jugée incompatible avec la préservation de l'environnement, elle préconise de changer d'indicateurs et de ne plus mesurer le succès économique à l'aune du PIB. Il faut également attribuer une valeur à la nature et, dès lors, affecter d'un coût les externalités négatives générées par l'économie.
Pour autant, elle se garde de parler de décroissance, préférant évoquer un découplage entre la prospérité économique et la consommation de ressources. Il s'agit d'encadrer l'économie dans des règles, "de manière à ce que la qualité du travail et celle de l'emploi soient toujours prises en compte dans le processus de production".  Pour cela, il faut définir des critères éthiques permettant d'aboutir à une "moralisation" de la production.
Toute cette analyse est bien structurée et mesurée, à l'écart de tout schématisme qui serait inadapté face à des problèmes complexes. Pourtant, dans le contexte difficile que traverse la France, bien des questions demeurent quant à la façon d'adopter un programme alternatif, qui marquerait une véritable rupture. L'ouvrage n'aborde pas la question des contraintes imposées par la mondialisation, ni les conséquences de la financiarisation croissante qui a marqué l'ensemble des économies et tout particulièrement la France. L'Etat, endetté,  est-il vraiment capable d'assurer une "reconversion écologique"? Et quelles en serait le contenu concret?
Un des points intéressants de l'ouvrage consiste à placer au centre de la reconversion écologique. la refondation des valeurs. Pourtant, l'idée proposée en conclusion de vouloir renouer avec les idéaux et les valeurs du monde grec ne paraît guère convaincante. Les anciens Grecs ont connu l'hybris avec la même intensité que nos contemporains, quoiqu'avec des moyens techniques plus réduits. Le Parthénon a été construit par Athènes en pillant les autres Cités grecques. Les philosophes n'ont pu discourir, qu'au prix de l'esclavage. Certes les anciens Grecs nous ont laissé une culture raffinée, mais on ne voit guère comment leur mythologie pourrait donner un sens au Monde actuel. On a ainsi le sentiment que l'auteur cède au plaisir d'une fiction littéraire aux dépens de la réalité historique.

dimanche 9 février 2014

Aimer le futur / Loving the future


The book written by Georges Amar is certainly not a treatise about futures studies, but rather a kind of walk through various topics that he links to the "love of the future". The future is uncertain and trying to predict it is not the best thing to do. The most interesting part of it, which will bring surprises,  is the least predictable. Therefore, the author proposes an alternative way to approach the future, by using imagination and poetic narratives. He considers that a transformation of the language is the first and main step for being able to enter the future in the right way, with all the wisdom required.  During many years, Georges Amar has been in charge of futures studies at the Urban Transport Facility of Paris (RATP). He explains how to use his approach for transforming a transport function, using the most efficient technical means, into a mobility function, which helps to travel in the most pleasant way, bringing new opportunities in terms of services and human encounters. Throughout his book, the author demonstrates his wide and open culture and helps the reader himself "to love the future".

L'ouvrage que Georges Amar a consacré à la prospective n'est pas un Traité. Il s'agit plutôt d'une promenade à laquelle il convie le lecteur.  Le futur, ou du moins sa part la plus intéressante, celle qui peut nous réserver des surprises est inconnu. Donc, comment l'aborder? La démarche prospective elle-même a-t-elle un sens?
George Amar nous invite à "aimer le futur". Aimer le futur, c'est s'engager dans la construction d'un monde meilleur, sans connaître à l'avance le chemin qui sera suivi pour y parvenir. C'est progresser dans cette voie, en faisant preuve de la sagesse que les Anciens recommandaient, dans "la limitation des désirs et le respect du passé".
Pour ouvrir le champ des possibles, il faut faire appel à l'imagination, prendre les chemins de traverse, ce que Georges Amar qualifie  de "poétique de l'inconnu". En définitive, le rôle de la prospective consiste, selon lui, à faire évoluer le langage, ce qui permet d'introduire et d'adopter de nouveaux concepts.
Cette démarche, il l'applique au domaine qu'il a pratiqué pendant de nombreuses années, à la RATP. Cela lui permet de défendre des vues qui peuvent sembler paradoxales. Ainsi, il considère que le but qu'il faut viser dans l'organisation des transports n'est pas de pouvoir assurer un trajet dans le temps le plus court possible, mais plutôt pouvoir utiliser le mieux possible le temps correspondant pour faire des découvertes et opérer des rencontres. Il s'agit de passer du simple transport à la mobilité comme outil de reliance.
A travers cet ouvrage, qui se présente souvent sous forme d'aphorismes, l'auteur démontre la richesse de son expression et l'étendue de sa culture, au service d'une meilleure connaissance du futur. Il aide ainsi le lecteur à "aimer le futur".

vendredi 7 février 2014

Le réchauffement climatique s'est-il arrété? / Has global warming stopped?


Recent articles suggest that since the beginning of 2000, global warming has stopped. These publications are based upon graphs, showing the evolution of temperatures, which seem to follow a plateau during the last recent years. These graphs are used by climatosceptics for claiming that the models developed by IPCC scientists are wrong and that global warming is a fallacy. In fact, it is uncorrect to isolate data over a comparatively short period for drawing any general conclusion. Due to the variability of the the climate on Earth, large temperature fluctuations can occur, but it has no implication concerning the general trend. These fluctations do not mean that global warming has stopped. Of course, it wille be necessary to watch carefully the record of températures and if the trend measured deviates, it will be necessary ti revisit the models. This does not correspond to the present situation and global warming remains a threat. 

Un certain nombre d'articles récents ont pu laisser penser que depuis le début des années 2000, le réchauffement climatique s'est arrêté. Ces publications montrent des graphiques sur lesquels l'évolution de la température au cours des dix à quinze dernières années semble suivre un plateau. De tels graphiques sont abondamment repris par les "climato-sceptiques" de tout poil,  qui s'en servent pour nier la validité des modèles utilisés par les scientifiques du GIEC. En fait, isoler des données sur une période d'une dizaine d'années n'a pas de signification, comme le soulignent de nombreux scientifiques. Le climat sur Terre est marqué par une grande variabilité et certains épisodes de réchauffement ou de refroidissement peuvent même se produire périodiquement, comme les épisodes de type El Nino et La Nina. De telles déviations peuvent modifier significativement la moyenne des températures calculée sur une courte période et conduire à un moment donné à des écarts par rapport à une tendance générale. Jusqu'à présent, tout laisse à penser que le réchauffement climatique se poursuit inexorablement et que malgré les perturbations créées par les phénomènes météorologiques, la tendance prévue devrait se confirmer. Bien entendu, cela ne signifie pas qu'il faille ignorer les mesures effectuées et si, dans quelques années, il apparaît que la tendance suivie s'écarte de celle qui est prévue par les modèles, il faudra accepter de revisiter ces modèles. On n'en est pas là aujourd'hui et la menace que représente le réchauffement climatique n'a pas diminué.

La société hyperconnectée / The hyperconnected society



The development of Internet and digital technologies is at the origin of the present globalized and hyperconnected society. This hyperconnectivity presents various adavantages. It helps to concentrate an unprecedented  collective intelligence, as outlined by Ian Goldin, Director of the Oxford Martin School. By enhancing the communication between nations, organizations and individuals at the worldscale level, it can help to build a more friendly society. Jeremy Rifkin considers that we observe presently the emergence of an "empathic civilization". At the same time, it brings also major risks, the risk of a lower resilience as shown by the rapidity with which a Financial crisis propagates betwwen countries and across continents; the risk also of  a few "mainstream" productions dominating the media, leading to the disparition of local cultures. Therefore, hyperconnectivity is a fact, but its consequences remain difficult to predict. Until now, as a tool used for the propagation of globalization, it has been operated in a rather brutal and ruthless manner.

Le développement de l'Internet et des technologies numériques de communication conduit à une société mondialisée et hyperconnectée. Cette hyperconnection représente l'un des principaux facteurs d'évolution de la société. Cette hyperconnection présente de nombreux aspects positifs:
- Elle permet de concentrer une intelligence collective, d'une intensité sans équivalent tout au cours de l'histoire de l'humanité. Les atouts que l'humanité peut en retirer sont mis en avant notamment par Ian Goldin, Directeur de la Martin School à Oxford.
- Elle peut favoriser une meilleure connaissance réciproque entre nations, organisations et individus à l'échelle planétaire. Jeremy Rifkin affirme même que c'est là un moyen de construire une "société de l'empathie" plus solidaire et plus ouverte.
L'hyperconnection présente également des risques:
- En reliant étroitement toutes les organisations mondiales, elle peut conduire à une perte de résilience. On peut voir notamment la rapidité avec laquelle les crises financières se propagent d'une région à une autre ou même d'un continent à un autre.
- Sur un plan culturel, elle favorise les expressions "mainstream", qui sont diffusées à l'échelle mondiale, aux dépens de la diversité et peut conduire à une disparition progressive des cultures nationales.
En définitive, l'hyperconnection est un fait et ses conséquences seront peut-être comparables à celles qui ont résulté de la découverte de l'imprimerie. Elle s'inscrit dans le mouvement de globalisation actuel et son impact futur reste encore pour une large part inconnu. Pour le moment, elle a surtout servi à accélérer une mondialisation, qui s'est déployée de manière aveugle et brutale. 

dimanche 26 janvier 2014

Le soleil se lève à l'est / The sun rises in the east


China and India have been very soon civilization cradles. In Europe what is often called the "Western" civilization was iniated at the East of Europe, in the Near and Middle East. The economic (but also cultural) center of gravity of this civilization then migrated progressively towards the West, first Greece and Rome, then France and the United Kingdom. The discovery of America during the Renaissance period shifted even further towards the West this center of gravity.United States have become the center of a global Empire, linked by communication and exchange networks. As history is cyclic and the Earth is round, a reverse movement has started  The economic center of gravity now progresses eastwards and follows a reverse path as shown by Richard Dobbs and al., with a striking diagram published in the Mc Kinsey Global Institute Report: "Urban World Cities and the Rise of the Consuming Class". Still, this economic shift is not yet followed in the cultural area, as the center of gravity of our "World civilization" clearly remains in the West for the time being. But this situation is probably only temporary.

La Chine et l'Inde ont été très tôt des foyers de civilisation. En Europe, c'est en Orient, au Proche et Moyen-Orient, ainsi qu'en Egypte que la civilisation souvent qualifiée d'"occidentale" a commencé à se développer. Le centre de gravité économique (mais aussi culturel) de cette civilisation a ensuite migré vers la Grèce, puis Rome et enfin la France et la Grande-Bretagne, en un mouvement continu de déplacement vers l'Ouest. Les grandes expéditions maritimes et la découverte de l'Amérique au cours de l'époque de la Renaissance ont encore déplacé bien plus loin ce centre de gravité, toujours plus à l'ouest de l'Europe. Les Etats-Unis se sont retrouvés au centre d'un nouvel Empire mondial contrôlé par un réseau de communications, d'échange et d'influence.

L'histoire est-elle linéaire ou cyclique? / Is history linear or cyclic?


The  ecologist Buzz Holling has shown that ecosystems tend to follow a cyclic evolution. Thus, for instance, when a forest undergoes through a development phase, the different organisms it includes tend to become more interconnected, while the complexity of the ecosystem grows.As a consequence of this interconnectedness, the resilience of the ecosystem decreases and it may collapse when a perturbation occurs. The historian and anthropologist Joseph Tainter has a similar explanation for the collapse of some of the great civilizations of the past, such as the Roman empire, although he insists rather upon the unability of thses complex civilizations to get a proper access to the resources they require. The idea of a continuous progress is comparatively recent. Our civilization is probably doomed to fail, like the previous ones. The difference is that now it has become global. But, if our civilization is compared to the ecosystems investigated by Buzz Holling, this global interconnecteness is a source of fragility. There are many potential causes for such a collapse: natural catastrophies, environment destruction, wars, inadequacy of politicak rulers. Therefore, its fall, although very harmful, should be considered as a rather likely event.

Analysant le comportement des écosystèmes, le biologiste et écologiste Buzz Holling a observé un comportement cyclique.Ainsi, par exemple, dans le cas d'une forêt, on observe une phase de développement, au cours de laquelle tous les organismes de l'écosystème tendent à devenir interconnectés, tandis que la complexité de l'écosystème augmente. Cette interconnexion rend le système moins résilient et une perturbation (maladie, incendie, attaque de parasites, épisode de sécheresse, etc.)  peut conduire à sa destruction, ce qui se traduit par une perte de complexité. L'écosystème se reconstruit ensuite progressivement, en repartant dans un nouveau cycle. Buzz Holling a défendu l'idée que ce comportement est d'une portée très générale et a qualifié de "panarchie" la loi qui régit ainsi les écosystèmes, en considérant qu'il s'agit d'une règle d'évolution très générale, qui se répète à différentes échelles. On peut se demander dans quelle mesure un tel comportement est transposable aux sociétés. L'idée que l'accroissement de la complexité se traduit par une perte de résilience a déjà mise en avant par l'historien et anthropologue Joseph Tainter, notamment pour expliquer la chute de l'Empire romain.